Anxiété, Lifestyle, Mental Health

Ce n’est pas le noir que je crains, mais ce qui est caché derrière son opacité.

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« I fell asleep on the sofa, walk up in reality,
and daydream about losing my sanity.
I be shocking in my sheets,
when I should have been asleep.

You placed me in the team insomnia
When the darkness creeps in,
I feel my nightmares watching me. »
Nightmares, Ed Sheeran

Je n’ai pas toujours eu peur du noir. D’ailleurs, pendant longtemps, je n’ai même pas eu l’idée de remettre en question la pénombre et la lumière. De jour, on vivait avec les rayons du soleil ou les ampoules allumées, de nuit, on dormait à la lueur de la lune ou au creux de l’obscurité. En grandissant, donc, je ne crois pas avoir opposé d’objection à cet usage et je ne me souviens pas en avoir fait tout un fromage.

Je n’ai pas nécessairement peur de la nuit. Je l’ai longtemps redouté, ce moment de la journée où les contes de fée se couvrent de leur masque d’horreur. Pourtant, sans elle, nous ne pourrions pas observer cette fantastique étendue astrale au-dessus de nos têtes et nous ne pourrions pas admirer les miroitements des néons sur les vitrines en plexi et les parois en béton. Après avoir eu la chance immense de contempler un vaste rideau d’étoiles du haut d’une montagne et l’extraordinaire privilège de vivre à New-York, la ville qui ne dort jamais, je ressens un profond attachement à la nuit, à son calme, à ses surprises. Sans la nuit, nous n’aurions ni de lever ni de coucher de soleil. Imaginez pareille tragédie. J’ai appris à l’apprécier à sa juste valeur, avec ses qualités et ses défauts, ses certitudes et ses mystères. D’une certaine façon, elle m’enveloppe comme une parure de soi, à la fois confortable et précieuse. Plus un bruit, plus une distraction, et une productivité tardive qui se manifeste. La nuit est aussi familière qu’étrangère, aussi commune qu’impénétrable et aussi intime qu’universelle. 

Alors pourquoi ai-je peur du noir, pour d’autres si excitant ? Pourquoi ai-je peur de ce silence, parfois assourdissant ? Pourquoi ai-je peur de fermer les yeux, tout simplement ?

Surgirent l’adolescence et les premiers signes d’anxiété. Lorsque ma gorge se serrait et que l’air me manquait, lorsque les premiers tremblements apparurent avant de m’engloutir tout entière comme un tsunami après une secousse, l’obscurité est devenue difficile à dompter. Si la nuit ne me fait pas peur, elle est devenue pénible à vivre, et impossible à accueillir à bras ouverts. Fini le copinage avec Morphée, fini le barguignage avec le Marchand de sable. Plus rien ne fonctionnait, sinon la lumière comme un espoir au bout du tunnel. 

À deux, ce noir prend des nuances de transparence, des éclats de couleurs. Volets fermés, rideaux tirés, même la plus sombre des pièces peut prendre des allures de Space Mountain si je m’endors près d’une âme bienveillante. Pas besoin de partager un lit, pas besoin de contact charnel pour réduire mes angoisses. Juste une présence. Malheureusement, lorsque l’on est seul, au sens propre comme au sens figuré, il est presque impossible de transposer cette source humaine de chaleur et de douceur qui nous berce jusqu’au sommeil. 

Le seul soulagement à ces tourments, qui se réveillent lorsque le jour se couche, c’est la lumière. Ce n’est rien d’autre qu’une source artificielle et aveuglante, indéniablement, mais rassurante. Je ne pourrais expliquer le réconfort qu’apporte cet éclairage factice. Une peur n’est jamais rationnelle, naturellement, mais je ne saurais donner de raison à cette contrainte indispensable pour des nuits moins agitées. Ne me méprenez-pas, les cauchemars rôdent toujours et le risque zéro n’existe pas, mais le noir a cette capacité de déformer davantage la réalité, de la tapisser d’ombres et de mouvements, et de dissimuler des dangers imminents. Alors, évidemment, toutes mes nuits ne sont pas des réécritures de livres de Stephen King. Mais j’ai une imagination débordante, il faut le dire. Ajoutez à ça les poutres d’une vieille maison qui grincent, les insectes de la campagne qui se promènent, les lamentations d’animaux sauvages aux alentours et le souvenir d’un homme qui battait sa femme régulièrement à l’étage du dessus, et le tour est joué. 

Mes nuits n’ont plus jamais été les mêmes une fois mes peurs déployées. Mes nuits n’ont plus jamais été les mêmes une fois l’insomnie venue chambouler ma routine. Mes nuits n’ont plus jamais été les mêmes une fois le noir associé à mes angoisses et vice versa. La nuit m’apporte l’inspiration, comme au moment où j’écris ces lignes. Mais ne dit-on pas que l’inspiration naît de nos craintes, de nos fantasmes, de nos expériences ? Il est possible qu’aujourd’hui, la nuit soit finalement autant mon refuge que mon précipice, profitant d’une création fertile et redoutant simultanément le noir qui m’attend en fermant les paupières.

La lumière est-elle finalement le masque qui cache mes angoisses ? Et si le masque tombe tandis que la lumière s’éteint, elles se dévoilent une fois de plus à l’état brut. Le noir, et plus d’échappatoire. Le noir, et je suis seule avec mes déboires. Ai-je donc réellement peur du noir ? Ou ai-je peur de la peur ? Cette question reste à méditer et, en attendant, je me félicite des nuits où j’ai uniquement besoin de ma veilleuse, et davantage des nuits où je peux dormir dans le noir complet.

Je n’ai pas trouvé de solutions à ces périodes où l’anxiété est plus oppressante que d’autres. J’ai appris à vivre avec, en toutes circonstances. J’ai appris à gérer le manque de sommeil (ou pas), j’ai appris à gérer les crises de panique (tant bien que mal) et j’ai appris à poser des mots, des ressentis sur chacune de mes angoisses. Malheureusement pour l’environnement, ma débrouille face à celle-ci peut avoir de désastreuses conséquences. J’espère donc qu’elle ne s’éternisera pas et que je pourrai bientôt éteindre la lumière sereinement.

Amitié, paillettes & arcs-en-ciel,
Justine 

1 thought on “Ce n’est pas le noir que je crains, mais ce qui est caché derrière son opacité.

  1. Tu écris magnifiquement bien, tu arrives à nous faire passer toutes ses émotions à travers ta plume. Merci pour tous ces mots qui m’ont rassuré, moi aussi j’ai eu longtemps peur du noir et des monstres imaginaires qui y vivaient (j’ai tjrs peur je crois), encore aujourd’hui j’ai des hallucinations visuelles et auditives qui me font battre le coeur à 100 à l’heure et qui me font croire devenue folle au petit matin quand la lumière rassurante du soleil nous réveille. A croire que pdt la nuit tt est possible. Comme tu le vois moi aussi j’ai une imagination très fertile…trop parfois. J’ai souffert d’insomnies chroniques pendant de longs mois, où ma bataille contre la nuit était une bataille perdue d’avance. En effet, j’ai bcp appris de cette période douloureuse, j’ai appris que lutter ne sert à rien, qu’il n’y a aucune bataille à gagner, juste se réconcilier avec sois-même ;).

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