Anxiété, Lifestyle

Retour à la réalité.

Parc Mont-Royal, Montréal, Nov. 2016
Parc Mont-Royal, Montréal, Nov. 2016

« This is my December, these are my snow covered trees. 
This is me pretending, this is all I need. »
This is my December, Linkin Park

Nous sommes le 1er décembre 2016 et outre le fait que mon frère célèbre ses 29 ans aujourd’hui (bon anniversaire Jérémy, prêt pour la trentaine ? ;-)), c’est un mois qui s’annonce particulièrement bouleversant. Décembre a longtemps été mon mois préféré, entre le salon de Montreuil, mon anniversaire, les vacances, les fêtes de fin d’année, les vitrines, les lumières et l’esprit de Noël. Depuis l’an dernier, néanmoins, c’est un mois que je redoute. Avec ses joies vient son lot de nostalgie, d’attentes non comblées et d’espoirs irrationnels pour l’année suivante.

Dans deux semaines, j’aurai officieusement terminé mes études. Officieusement parce que je dois encore rédiger mon mémoire pour être officiellement diplômée de mon master. Cela fait des années que je n’attends que ça. À vrai dire, j’étais une élève appliquée jusque l’entrée dans le cycle universitaire. Puis la désillusion des études supérieures a pris le dessus et les choses ont vite changé. Après avoir fait une dépression suite à mon premier master, abandonné au début du second semestre, et après avoir entrepris une année sabbatique suite à ma maîtrise à la Sorbonne, on aurait pu penser que j’étais fin prête pour de nouvelles aventures. Pourtant, la réalité est tout autre.

Pour être honnête, je ne réalise pas encore tout à fait. Ce dont je suis sûre, en revanche, c’est que la vie active m’angoisse considérablement. Je ne suis pas la seule dans ce cas, allez-vous me dire, et j’en ai bien conscience. Pourtant, chaque cas est différent et puis, pardonnez mon égocentrisme mais, à l’heure actuelle, seul mon avenir m’importe. Je ne me sens pas rassurée pour un sou de savoir que d’autres sont paumés et indécis.

J’ai fait des études, certes, et maintenant… que suis-je censée faire ? Trouver le fameux CDI dont tout le monde semble rêver ? Me réveiller cinq matins par semaine et être enfermée entre quatre murs qui, probablement, finiront par m’oppresser ? Mener une vie qui, à n’en pas douter, me rendra malheureuse ? Mes différentes expériences m’ont ouvert les yeux et ce chemin emprunté par tant d’autres n’est pas celui que je veux suivre. Or cela me rend bien plus vulnérable et instable que je ne l’aurais voulu. Il y a dix ans, j’avais tout planifié. À 23 ans, je sortirais de la fac et deviendrais prof. À 25 ans, j’épouserais l’amour de ma vie, my partner in crime. À 27 ans, je serais enceinte de mon premier enfant. À 30 ans, je deviendrais propriétaire d’un bel appartement.

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Faisons le point aujourd’hui… je termine mes études à presque vingt-cinq ans (une autre étape importante que je franchis ce mois-ci), mes ambitions ont chaviré trente-six fois, je suis célibataire et loin d’être prête pour quelque forme d’engagement. Selon les standards de la société, je suis sans doute un échec et cette pression sociale joue d’ailleurs beaucoup dans ma détresse. Je n’aurais jamais cru devenir cette personne, à la fois complètement perdue et tout à fait lucide sur les objectifs qu’elle veut atteindre. Si j’ai compris que je ne veux actuellement pas d’un métier d’entreprise, où ma liberté d’expression et de créativité serait limitée, où ma raison et mon coeur ne seraient pas en harmonie, où j’aurais l’impression de suffoquer, j’ai également saisi l’importance de prendre des risques. Je fais peut-être fausse route et rêvasse peut-être un peu trop mais, à ce stade, je ne suis plus à une désillusion près. J’apprends à accepter que je suis une rêveuse… oui, j’ai les pieds sur terre et la tête dans les étoiles.

À ce jour, j’ai envie d’explorer mes passions. J’ai envie de partager mon temps entre l’écriture, les voyages et mes projets liés à Fairy Neverland et Voicing Realities. J’ai envie de changer les choses, à mon échelle, et de militer pour un monde meilleur. Utopie, vous moquerez-vous. Optimisme et détermination, vous répondrai-je. Je souhaite partager un peu de mon histoire et peut-être aider les gens à traverser des situations similaires, comme l’anxiété, les troubles alimentaires, les relations abusives, les familles malheureuses, l’image de soi, etc. J’ai déjà commencé un peu plus tôt cette année, avec l’article intitulé J’ai regardé dans le miroir, et j’ai vu un monstre. Mais je voudrais me consacrer corps et âme à tous ces projets, avoir le temps d’échanger avec tous ceux qui le voudront bien et me plonger passionnément dans les activités qui me motivent à me lever le matin. Si l’expression était un métier, c’est celui que je choisirais. L’art est une forme d’expression et écrire est une forme d’art, qu’elle soit imprimée ou digitale, fictive ou factuelle. Mais combien de personnes vivent réellement de leur art…?

Et cela me conduit au point qui m’inquiète véritablement, finalement. L’argent. L’argent qui a été, d’une certaine manière, le facteur principal d’une rupture familiale pénible. L’argent, qui est au centre de toutes les conversations. L’argent, qui tire les ficelles de notre quotidien. L’argent, qui nous permet d’avoir un toit au-dessus de la tête, de la nourriture dans notre assiette, des vêtements sur nos corps nus. L’argent, dont nous dépendons pour mener une vie confortable. Je répète constamment que je préférerais vivre pauvrement de mes passions que de vivre richement d’un métier dont je me serais contentée pour être en sécurité. Mais si je suis honnête avec moi-même, bien sûr que je veux pouvoir subvenir à mes besoins, bien sûr que j’ambitionne à vivre confortablement. Alors quelles solutions s’offrent vraiment à moi ? Et pourquoi, pourquoi ne pouvais-je pas être cette jeune fille heureuse dans n’importe quel emploi ?

Le 15 décembre a lieu le dernier cours de mes études, et aussi joyeuse que cela me rende – notamment parce qu’il s’agit d’un cours de finance – je ne peux m’empêcher de m’en mordre les doigts. La boule d’angoisse qui s’est formée et bien installée au creux de mon estomac il y a quelques semaines déjà ne semble pas prête à plier bagage. Il faut croire que cette boule, qu’on appellera Ursule pour l’occasion, trouve les lieux à son goût. Inutile de dire que, pour ma part, j’aimerais la voir déguerpir au plus vite. Il m’est déjà difficile d’envisager la fin de ma scolarité et le début de la vie active, alors ajoutez à ça la crise de la vingtaine et mon départ de New York dans 18 jours… croyez-moi, je ne suis que nerfs, crispation et incertitude.

Central Park, NYC, Nov. 2016
Central Park, NYC, Nov. 2016

Malgré les hauts et les bas, les déceptions, les désenchantements, les prises de conscience, New York a indubitablement été l’une des plus belles expériences de ma vie. Bien que je ne sois pas mécontente à l’idée de partir du pays qui sera bientôt gouverné par Trump et ses minions, quitter la Grosse Pomme me fend le coeur. J’y ai découvert un quotidien sensationnel, toujours dynamique et inspirant. En dépit d’une forte concentration d’humains parfois frustrante, je me sens toujours portée par cette ville. Ne pas supporter les foules et adorer New York est aussi ironique que mon amour pour les animaux, auxquels je suis allergique. Ce séjour me semble hors du temps – un temps où je commençais à accepter mon corps, où je commençais à tourner une page, un temps où tout était devenu possible. Et bientôt, le retour à la réalité pourrait bien rendre ce voyage insignifiant.

Pourtant, j’ai bon espoir que le changement qui s’est amorcé en moi ne fasse qu’évoluer positivement, tant que je ne me focalise pas sur mes peurs, mes doutes et mes faiblesses. Et cela me fait venir à mon dernier point. Le retour à la réalité me terrifie, mais comme le dit l’expression… count your blessings, not your problems. Alors ce mois de décembre, malgré tout ce qu’il implique, me rend également curieuse et reconnaissante.

Je vais célébrer mes vingt-cinq ans deux fois, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Une fois avec les personnes aux mille couleurs que j’ai rencontrées ici à New York, une fois avec plein de mes amis qui rendront ce moment on ne peut plus spécial. Je vais également retrouver ma maman et mon chien ainsi que d’autres membres de ma famille et ça, c’est tout de même un sacré plaisir ! D’ailleurs, ma mère m’a offert les billets d’Eurostar pour passer Nouvel An à Londres avec mes deux expatriées préférées. J’ai hâte de les voir et de danser jusqu’au bout de la nuit. Mais mon plus beau cadeau de Noël, c’est incontestablement de rencontrer mon premier neveu. Je n’ai pas encore eu la chance de tenir le petit Quentin dans mes bras et il me tarde de faire sa connaissance. En outre, de belles choses m’attendent pendant ce mois de décembre. J’espère que 2017 saura apaiser mes craintes et qu’elle regorgera de fantastiques promesses.

Finalement, dois-je nécessairement me réveiller ? La réalité doit-elle avoir un goût amer et aigre ? Ne pourrait-elle pas simplement être la continuité de mes rêves ? Seul l’avenir me le dira…

Amitié, paillettes & arcs-en-ciel,
Justine 

9 thoughts on “Retour à la réalité.

  1. Très bel article Justine ! Je me retouve complètement dans ce que tu dis : cette peur de pas de ne pas être heureuse et coincée dans un emploi qui ne me correspond pas ! Merci d’avoir mis des mots sur ce que je ressentais. Je suis moi aussi aux Etats Unis jusqu’à fin Décembre pour mes études et je suis aussi triste que toi de quitter ce beau pays.

  2. Très beau texte qui je pense touchera beaucoup de personnes. Je me retrouve beaucoup dans certains points que tu évoques ici notamment la peur de l’avenir, de la routine et du retour à la réalité. En effet, l’année dernière j’ai eu la chance d’aller vivre un an à l’étranger. Durant cette année je me suis sentie changée, en accord avec moi même, presque en paix. Le retour en France a été plutôt compliqué et l’est toujours quelque fois mais malgré ça je sais que cette experience a été tellement bénéfique pour moi. Je vois le monde tellement différemment depuis❤ j’espère de tout coeur que tout ira bien pour toi profite de chaque instant.

  3. J’ai beaucoup aimé ton article. Il est tellement juste ! Je me suis retrouvée dans ce que tu dis même si mon parcours est différent du tien.
    je n’ai jamais su quoi faire « après ». Je ne savais pas quoi faire après le bac, j’envisageais de ne pas poursuivre mes études pendant un temps parce que je ne savais vraiment pas où m’orienter (et la vie à fait que j’ai finalement arrêté mes études avant de passer mon bac). Les années suivantes, je ne savais toujours pas quoi faire, j’ai exercé plusieurs jobs différents mais aucun qui me plaisait et étant donné que je refusais catégoriquement de reprendre mes études, ça me fermait pas mal de portes.
    J’ai trouvé un travail, que j’exerce depuis deux ans. Je dirais qu’il me plait, c’est en tout cas ce que je dis quand on me pose la question « Oui ça va, c’est sympa. » mais j’aimerais vraiment ne pas continuer dans ce métier jusqu’à la retraite. C’est plus un job d’ailleurs que mon métier. Et pourtant je ne sais toujours pas quoi faire « plus tard »….
    J’ai bien un rêve mais comme tu le dis dans ton article, je ne me voile pas la face et préfère largement le confort financier de mon travail (et sa stabilité, vive les CDI !).
    Il faut peut-être trouver le moyen d’allier nos rêves à cette réalité brutale, pour essayer de l’adoucir un peu.

  4. Je partage complètement tes doutes, Justine. Quelle grande question que celle de se demander ce qu’on fera à la fin de nos études… A quoi on consacrera nos journées… De quoi on vivra… Pour ma part, après avoir obtenu ma licence de lettres en juin dernier, j’ai réussi à reculer cette échéance en m’engageant dans des cours par correspondance qui me permettent d’acquérir une spécialité non négligeable. Mais il faudra bien que cette formation se termine un jour et ce jour-là eh bien… J’ai l’impression que je serai livrée au monde tel un oisillon égaré… C’est un jour que j’appréhende beaucoup… Mais j’essaie de me rassurer en me disant que j’ai encore beaucoup à apprendre de ma formation et qu’on ne sait jamais de quoi sera fait le lendemain. « Chaque chose en son temps » est un peu mon leitmotiv.
    By the way, j’adore lire ce genre d’articles. Tu nous livres des choses plus personnelles mais qui sont des choses à la fois universelles. Et je pense qu’elles résonnent en chacun de nous.

  5. Coucou Justine,

    Encore une fois je trouve que tu une faculté de mettre les mots justes sur ce que tu ressens, ce qui m’émeut et me bouleverse à chaque fois. Je ne veux pas te donner de conseils qui pourraient paraitre déplacés ou injustifiés, pour moi on ne se connait pas assez pour cela. Mais saches que tu n’est pas seule, nous sommes plusieurs à nous poser les mêmes questions. Alors ok aujourd’hui tu n’es pas prête à l’entendre, et c’est totalement normal, mais je crois que des fois ça fait du bien de savoir qu’on est pas un extraterrestre :)
    Alors voilà, profite de ce que tu vis en ce moment, et de ce que tu vas vivre dans peu de temps en rentrant en France.

    Je t’embrasse, et j’espère sincèrement que l’année 2017 arrivera à t’apaiser, à nous apaiser finalement.

    Margot

  6. Tu sais, à moins de rentrer dans un schéma hyper fermé, on est facilement des « échecs » aux yeux de la société (si tu savais combien de fois on m’a fait la remarque « ben dis-donc, 25 ans et toujours en études? », alors qu’on ne la fait pas en médecine, par exemple, si je compare avec mon frère qui était encore en études à mon âge, ou mon cousin avocat… Juste parce que je suis en lettres et sc. humaines, donc hors schéma avocat/medecin/ingénieur, mes années d’études seraient moins valorisées? Bullshit quoi.). Y aura toujours des gens pour porter un jugement sur ce que tu fais, mais tes choix en termes d’études et de profession ne te définissent pas en tant que personne, alors croie en toi et fait ce que t’aime, et si tu ne sais pas ce que tu aimerais faire, alors tu as de la chance d’avoir une super excuse pour chercher, tâtonner, explorer (mais j’ai jeté un oeil à voicing realities, et il me semble que ta voix doit pas être si lointaine que ça ;) )
    Pour les soucis d’argent, tu as pensé à t’éloigner de Paris? Je sais que souvent ça énerve les gens de la région parisienne, ce genre de remarques, mais moi je me dis souvent que j’ai de la chance de pouvoir être à 100% indépendante avec un CDI de 15h au smic, soit 400/500 euros par mois, et que ça me permet de continuer à faire des études qui me plaisent, que ce serait pas possible sur Paris. Je passe plusieurs concours de l’enseignement cette année, l’agrégation et le Cafep (capes privé), et j’ai choisi d’éviter le capes, pour éviter d’être mutée à Paris, parce que je ne me vois pas avoir un job entre 4 murs 5 jours/7 dans la capitale, alors qu’en Bretagne (ou dans le sud, si mes résultats ne me permettent pas de rester dans l’ouest), avec la possibilité de m’aérer l’esprit en me baladant en bord de mer tous les jours si je veux, et le confort économique, etc. je sais que je serais bien dans ma tête… Qui sait, explore un peu, peut être que tu trouveras ton endroit à toi, où la vie professionnelle ne te paraitra plus si inquiétante :)
    Et puis Not all those who wander are lost, comme dit l’autre barbu ;)
    Et du coup j’y pense, une fois que je serais débarrassée de mes concours, n’hésite pas si tu veux venir profiter du bord de mer finistérien, tu seras la bienvenue pour errer par ici :)

  7. Waouh ! Cet article me touche beaucoup parce que je m’y trouve énormément. D’ailleurs, la plupart des thèmes que tu abordes sont ceux que j’ai développés dans un roman que je viens de terminer d’écrire.
    J’ai vingt-deux ans et je suis en train de faire mon année de Master 2. Moi aussi, quand j’étais adolescente, j’avais tout prévu. J’ai encore plein de textes qui le prouvent. Mais voilà, dans sept mois, je serai diplômée et je n’ai aucune idée de ce que je vais faire. En fait, ce n’est pas tout à fait vrai. J’ai plein de rêves. J’ai en tête plein de choses que j’aimerais entreprendre. Je me nourris de ces rêves et je refuse de les abandonner. Mais il y a toujours cette petite voix de la société qui dit que tu dois agir comme ça et pas comme ça et surtout, que tu dois gagner de l’argent.
    Or, comme toi, je n’ai pas envie de passer mes journées dans un bureau, du matin au soir, cinq jours par semaine. Je n’ai pas envie de ne plus avoir de temps pour mes passions et mes projets.
    Depuis que j’ai commencé mes études universitaires, je pense à ce moment où je serai diplômée avec joie, fierté et un brin d’impatience. J’ai beau adoré l’école, cela va faire du bien de ne plus être stressée par les deadlines, les travaux, les stages, le mémoire, etc. Et voilà que je suis à quelques mois de ce fameux jour où je recevrai mon diplôme et je me rends compte que cinq années n’ont pas suffi à me préparer à cette idée que j’allais rentrer dans la vie active.
    Alors, désolée de m’être attardée mais je souhaitais te remercier d’avoir écrit cet article. Je me sens un peu moins seule et ça fait du bien de savoir que d’autres pensent comme nous, qu’on n’est pas complètement fou.
    Je te souhaite bon courage pour « trouver ta voie ». Je te souhaite aussi de profiter à fond de tes dernières semaines à New York.

  8. ton article m’a beaucoup touché. ta sincérité et ta manière simple et sans fard d’exprimer ce mélange d’angoisse et d’espoir m’a touché en plein coeur. De plus, même si je n’en suis pas encore à cette étape de la vie. ça arrive à grand pas. comme pour une majorité d’entre nous,je pens,e que chaque étapes de la vie qui nécessite de grandir s’accompagne de doutes et de joie. je te souhaite de savoir ce que tu veux pour toi-même et de l’obtenir.
    je pense toutefois que tu as de l’avenir dans écriture, meme s’il s’agit d’un avis trés subjéctif, quel que soit le temps que ça pourra te prendre et des difficultés. si c’est ce que tu souhaites. bon change pour suite en espérant que tes craintes s’apaissent

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