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Jane Austen | L’Abbaye de Northanger

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Lecture V.F.

Gallimard

308 pages

8,50€

Synopsis
Une jeune provinciale de bonne famille est envoyée àBath, prendre les eaux, pour faire son apprentissage du monde et des intermittences du coeur. L’héroïne se retrouve égarée au au milieu des conjonctures qui la rabaissent aux yeux du lecteur. En toute occasion, elle se comporte en référence à son livre de chevet, Les Mystères d’Udolpho de Mrs Radcliffe. Jane Austen réalise là une remarquable parodie du roman gothique.

Mon avis
J’ai toujours beaucoup aimé le style de Jane Austen, ce qu’elle arrivait à faire de ses histoires et de ses personnages. Dans L’Abbaye de Northanger, l’auteur a fait un travail remarquable à la fois sur l’intrigue principale et les remarques implicites faites par rapport aux romans gothique de l’époque. Une combinaison qui rend le livre à la fois très sérieux mais également très drôle.

Catherine Morland, une héroïne austinienne pas comme les autres puisqu’elle est relativement naïve, un peu niaise et plutôt nonchalante. Une anti-héroine d’autant plus attachante qu’elle semble avoir le coeur pur et une imagination enfantine débordante assez craquante. Elle est emmenée à Bath pour y faire son apprentissage dans le monde et rencontre alors Isabella Thorpe, qu’elle pensera être devenue sa meilleure amie, ainsi qu’Henri Tilney, pour qui elle tombe amoureuse.

Sa candeur et son ingénuité vont vite lui tourner de mauvais tours, Isabella Thorpe décidée à profiter d’elle. Aux côtés d’Henri Tilney, elle va mûrir petit à petit, notamment après un séjour dans le manoir de son père, où c’est à présent son imagination qui va lui jouer des tours. Fan de romans gothiques et d’histoires d’épouvante, elle se laissera submergée par ses rêveries, qui ne plairont pas du tout à M. Tilney. Pourtant, malgré des idées fantaisistes peut-être un peu trop exagérées, Catherine aura, d’une certaine façon, plutôt bien cerné le caractère du père Tilney, qui se transforme en hôte exécrable envers l’héroïne après avoir entendu des rumeurs qui le dérangent…

J’ai vraiment adoré le personnage de Catherine Morland, qui peut-être au final me ressemble ? Je me suis identifiée à cette jeune fille qui se plonge dans ses bouquins afin de vivre mille et unes aventures et qui ne met pas en doute les personnes qu’elle rencontre, voulant croire à la bonté fondamentale de ceux-ci. Ses défauts se transforment pour moi en qualité ; sa soif d’apprendre, son envie d’être avec Henri Tilney, son aptitude à se remettre de ses échecs et des épreuves qu’elle subit font d’elle une héroïne accomplie, à mes yeux.

Le personnage d’Henri Tilney m’a plu également, malgré la méfiance que j’ai à l’égard du caractère que Jane Austen lui a donné. C’est un jeune homme délicieux, qui semble s’amuser gentiment de l’imagination de Catherine tout en essayant de lui faire réaliser qu’il y a d’autres littératures intéressantes. Il semble réellement tenir à la jeune fille, bien qu’encore une fois j’émette quelques doutes à son sujet. Je ne vous spoilerai rien, mais je l’ai personnellement ressenti quelques fois tout au long du livre, et surtout à la fin…

Le personnage d’Isabella Thorpe est très intéressant. Impossible à aimer, et pour laquelle je n’ai ressenti ni empathie, ni sympathie, elle reste très passionnante à étudier. Alors que la naïveté de Catherine est sûrement son plus grand défaut dans le livre, ce qui au final n’aura pas laisser de trace, le pire défaut de Mlle Thorpe est son avidité, sa convoitise, son envie de grandeur et de richesse. Cette faiblesse lui sera fatale, et bien que ce ne soit pas très charmant, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une certaine satisfaction quant au dénouement qui l’attend.

Jane Austen nous livre (remarquez le jeu de mot ;p) donc une histoire dont elle seule avait le secret, tout en approfondissant son écriture avec quelques petits éléments que l’on ne retrouve pas habituellement. En effet, ce roman est une critique implicite des romans gothiques de la fin du 18ème siècle. Le choix du roman utilisé pour la mise en abysse n’est pas annodin puisque Les Mystères d’Udolpho d’Ann Radcliffe avait été publié en 1794, environ quatre avant que Jane Austen n’écrive L’Abbaye de Northanger, qui a d’ailleurs été publié posthumément en 1817. L’auteur n’hésite pas à faire des interventions dans son roman, afin de se moquer ou de son héroïne ou de faire des remarques on ne peut plus explicites sur le roman gothique. Je pense d’ailleurs que d’une certaine manière Henri Tilney incarne Jane Austen lorsqu’il discute des goûts littéraires de Mlle Morland.

En résumé, L’Abbaye de Northanger est un excellent roman de Jane Austen, que j’ai dévoré avec énormément de plaisir. Je vous le conseille fortement !

Ma note : 5/5 ♡

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